À la suite de la lecture de la revue de presse (lien externe)à propos de l’enseignement de l’histoire au secondaire et de la formation des enseignants, si l’on se fie à la plupart des prises de position, nous serions portés à croire que si les enseignants n’ont pas une formation très majoritairement ou exclusivement en histoire, ils ne sont pas formés adéquatement pour l’enseigner au secondaire.

Or, le GRUS juge plus qu’adéquate la formation actuelle en univers social des enseignants, en fonction du champ d’enseignement des sciences humaines (17), des programmes et disciplines qu’on trouve au secondaire. Nous avons confiance en eux et dans cette formation. Comme pour tout diplôme décerné, ce n’est pas tant la formation reçue que ce qu’on fait avec qui importe. Il y a d’autres qualités essentielles à l’enseignement qu’une formation spécialisée ou monodisciplinaire. Ne serait-ce qu’être fin pédagogue, excellent vulgarisateur, communicateur, humain et ouvert, avant d’être habile conteur ou grand connaisseur.

Pour ce qui est des enseignants provenant d’autres champs, quoique la convention collective prévoie que « l'expérience d'enseignement d'au moins un an à temps complet, ou l'équivalent à temps partiel, dans la discipline visée à l'intérieur des cinq dernières années, confère à un enseignant la capacité d’enseigner dans un champ disciplinaire autre que celui en lien avec sa formation », nous croyons que la formation continue de même qu’un accompagnement assidu sont essentiels à la réussite de cette transition et ce, peu importe le sens dans lequel elle s’effectue (vers ou depuis l’univers social). À leur mérite, il faut aussi ajouter que la plupart des enseignants, par pur professionnalisme ou intérêt personnel, peu importe leur situation, s’affairent à demeurer à la fine pointe de leur profession, tant au niveau disciplinaire qu’au niveau de la didactique.

D’autre part, tel que certains le revendiquent, si on limite la formation des futurs enseignants aux seuls cours d’histoire du Québec et du Canada, cela aurait d’importantes et fâcheuses conséquences. La spécialisation a parfois pour effet de prolonger l’accès à un emploi permanent. Or, depuis de nombreuses années, un taux de précarité d’environ 30 % frappe l’enseignement au secondaire. En combinant la spécialisation des formations et la refonte des champs d’enseignement, donc en créant des silos pour chaque discipline, le fléau n’en serait que plus grand.

D’autant plus qu’il faudrait des écoles populeuses pour constituer des tâches monodisciplinaires. Les écoles de petites ou moyennes tailles à vocations particulières étant de plus en plus populaires, cela n’augure rien de bon. Pour ce faire, il faudrait également revoir la structure des champs d’enseignement, un chantier majeur en soi. Il y a selon nous des problèmes plus importants.

Encore plus d’heures d’enseignement en histoire tout au long du parcours scolaire des élèves? En favorisant l’histoire au détriment des autres disciplines dans la composition du curriculum, c’est la formation des élèves et leurs apprentissages qui seraient appauvris. N’oublions pas que nous sommes au secondaire. Laissons donc la semi-spécialisation au collégial et la spécialisation aux universités. Même si nous prêchons pour nos disciplines, nous croyons qu’il est essentiel de favoriser une formation générale et multidisciplinaire pour les élèves, une discipline complétant l’autre dans sa formation globale. Sur cet aspect, nous serions davantage pour une offre plus généreuse, prenant la forme d’un plus grand nombre d’heures de cours par semaine que les 25 heures dispensées au secondaire. Mais encore ici, il reste beaucoup de chemin avant d’en arriver à un tel consensus social.

Dans cette même perspective de cannibalisation interdisciplinaire, l’histoire et cette sœur ennemie, « mais si utile », qu’est la géographie, vivent-elles une relation amour-haine ou une réelle complicité fraternelle? J’opterais simplement pour « symbiose », temps et espace étant indissociables. Alors, comment la renier?

Finalement, les conseillers pédagogiques en univers social, malgré l’appel de certains, ne peuvent souscrire à la promotion de l’histoire au détriment des autres disciplines, cannibalisation ou non. Cette perspective en est une d’enseignant. Dans son école, celui-ci peut tenter de faire la promotion de sa discipline au détriment des autres. Pour les conseillers pédagogiques, professionnellement parlant, c’est une position indéfendable. Entre autres, parce que l’histoire et à la géographie font partie du même domaine. Aussi, un des mandats des conseillers pédagogiques est justement de trouver des liens et des avantages à la cohabitation et à la complémentarité entre les disciplines. Renier ou favoriser l’une par rapport à l’autre serait minimalement contreproductif. Comment réagiraient les enseignants d’histoire si nous prenions le parti de la géographie plutôt que de celui de l’histoire? Outrage garanti. « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse. » Ironiquement, la géographie et l’histoire sont elles-mêmes des disciplines centres ou pivots, favorisant l’accueil et la conciliation des points de vue de différents domaines. Cela dit, on comprend mieux pourquoi les conseillers pédagogiques d’univers social ne peuvent acquiescer à une telle demande.

Hors de l’histoire, point de salut? À la lumière du topo que nous venons de dresser, c’est plutôt le contraire qu’il faut considérer. Il y a vie, richesse, diversité, interaction et avenir hors de l’histoire. Et c’est tant mieux pour la société que nous formons et les professions que nous exerçons. Voilà donc pourquoi nous avons confiance en nos collègues enseignants de même qu’en leur formation.